Paru en revue en 1903, Les Ambassadeurs est l’un des trois romans récapitulatifs, avec Les Ailes de la colombe et La Coupe d’or, d’un Henry James parvenu au sommet de son art : « Par bonheur, je me trouve en mesure de considérer cet ouvrage comme franchement le meilleur, “dans l’ensemble”, de tous ceux que j’ai produits. » Et de fait, c’est un de ses romans les plus brillants, les plus séduisants aussi.
Le roman avait été traduit par Georges Belmont pour les éditions Robert Laffont en 1950, une traduction qui est aujourd’hui introuvable. Cherchant à expliciter la totalité du sens, elle était bien moins « jamesienne » que la magistrale traduction de Jean Pavans qui, après quelques trente années de confrontation avec l’auteur des Ambassadeurs, en fait percevoir le très subtil humour, présent de la première à la dernière page du livre et qui parvient surtout à donner le sentiment qu’on lit, avec toutes ses ambiguïtés qui ne sont jamais gommées, le texte même de James, dans toute sa splendide vitalité.
Contrairement à la traduction de Belmont, fondée sur l’édition américaine sans doute fautive, la version de Jean Pavans rétablit l’ordre chronologique des derniers chapitres de l’édition anglaise.
« Bref, toute l’affaire se résume à la déclaration irrépressible de Lambert Strether au petit Bilham, un dimanche après-midi, dans le jardin de Gloriani […] : « Vivez autant que vous le pouvez ; c’est une erreur de ne pas le faire. Peu importe vraiment ce que vous faites en particulier, du moment que vous avez votre vie. Si on n’a pas eu cela, qu’a-t-on eu ? Je suis vieux... trop vieux en tout cas pour ce que je vois. Ce qu’on perd, on le perd ; ne vous trompez pas là-dessus. Cependant, on a l’illusion de la liberté ; par conséquent, ne soyez pas, comme moi, dénué du souvenir de cette illusion. J’étais, au moment venu, soit trop stupide soit trop intelligent pour l’avoir, et maintenant je suis un cas de réaction contre cette erreur. Faites ce que vous voulez, tant que vous ne faites pas mon erreur. Car c’était une erreur. Vivez, vivez ! »
Henry James, Préface à l’édition de 1909.
Grand Format, 704 pages, ed. BRUIT DU TEMPS