Les Fondements du roman policier
Au départ, un roman policier est la résolution d'une énigme par un intervenant, dans un milieu urbain ("polis" signifiant ville, cité en grec). Il semble assez logique d'ériger en précurseur du genre Edgar Allan Poe (1809-1849) qui publie en 1841 les premières nouvelles policières et crée le premier détective de la littérature : le chevalier Dupin. En France, on peut citer Les Mystères de Paris d'Eugène Sue (1804-1857) publié sous forme de feuilleton durant plus d'un an dans leJournal de débats. Mais le vrai disciple d'Edgar Allan Poe est Emile Gaboriau (1832-1873), père fondateur du roman policier français, et son inspecteur monsieur Lecoq.
La machine est lancée et le genre s'étoffe avec Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930) qui invente le premier détective scientifique et analytique, Sherlock Holmes, personnage froid et méthodique. Pour découvrir Sir Arthur Conan Doyle de façon originale, je vous conseille de lire Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth. Vous le découvrirez sous un jour étonnant menant une enquête policière avec le scandaleux Oscar Wilde. Dévorez aussi un ouvrage déroutant : L'Affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard.
En France, la vision du roman policier est plus légère, plus ludique peut-être. Pour ne citer que deux exemples, on peut donner celui de Maurice Leblanc (1864-1941) avec Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, cabotin à souhait, cher au coeur de ces dames ; et celui de Gaston Leroux (1868-1927) et son célèbre détective Rouletabille, jeune reporter qui apparaît notamment dans deux romans absolument époustouflants (Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir). Ces deux auteurs peuvent être lus par tous, adultes et enfants : ils n'ont pas pris une ride !
L'entre-deux-guerres apporte sa période de rigueur et on entre dans une phase plus classique. Comment ne pas citer en premier lieu Agatha Christie (1890-1976) et ses deux héros Hercule Poirot et Miss Marple qui mènent des enquêtes avec finesse et déduction. Faites découvrir à vos enfants ABC contre Poirot et (re)lisez le truculent Qui a tué Roger Ackroyd de Pierre Bayard. En France, c'est l'avènement du commissaire Maigret qui échappe aux modes ou de l'auteur Pierre Véry (1900-1960) et de son fantastique Les Disparus de Saint Agil.
Le Roman noir
Le roman noir est, au départ, américain. Le roman à énigme commence à s'essouffler et un nouveau style voit le jour aux Etats-Unis : le hard boiled, littéralement le dur à cuire. Contrairement aux idées reçues, ce nouveau courant ne naît pas dans les années '50 mais entre-deux-guerres. Peinture de la société dans ce qu'elle a de plus noir, le polar se veut social et réaliste, mettant en scène des policiers ou des privés solitaires, insensibles et autodestructeurs pour la plupart. Un des auteurs phares de cette période est Dashiell Hammett (1894-1961). Cet ancien détective écrit de façon nerveuse, sèche et très visuelle. Vont suivre tous les écrivains mythiques du polar américain avec par exemple : - James Cain (1892-1977) La plupart de ses romans feront l'objet d'adaptations cinématographiques qui deviendront cultes. - Horace MacCoy (1897-1955) Auteur maudit, il est souvent injustement considéré comme un sous James Cain. Il meurt dans l'indifférence la plus totale. - Raymond Chandler (1889-1959) Un des plus grands auteurs du roman noir qui traville et retravaille son style sans relâche.
En Angleterre, on peut citer entre autre deux auteurs importants : Peter Cheney (1896-1951) et James Hadley Chase (1906-1985). Pour l'anecdote, ce sont les deux premiers romans qui seront traduits par Gallimard lors du lancement de la fameuse collection "La série noire" en 1945.
En France, le grand nom du roman noir est Léo Malet (1909-1996) et son fameux détective Nestor Burma. Si vous voulez découvrir ou redécouvrir ce mythique détective, plongez-vous dans les bandes dessinées illustrées par Tardi : le texte de Léo Malet y est rigoureusement respecté.
Les Tendances actuelles
Le roman policier sémancipe, s'enhardit et gagne ses lettres de noblesse. Il mêle sociologie et politique, espionnage, angoisse et psychologie. Tous les styles se retrouvent faisant fi des modes et des courants. Les enquêteurs ne sont plus uniquement des détectives ou des inspecteurs de police mais également des individus comme vous et moi se retrouvant malgré eux dans des situations inextricables. Toutes les maisons d'éditions ou presque se sont dotées d'un collection "polar".
Le polar social : Il est le digne héritier du roman noir. Aux Etats-Unis, il est représenté par les plus grands avec par exemple James Ellroy (1948), Dennis Lehane (1965), Donald Westlake (1933-2009)... La liste de ces auteurs légendaires est longue mais d'autres, moins connus, sont aussi à découvrir. Lisez par exemple Un petit boulot de Iain Levison, Le Rêve des chevaux brisés de William Bayer, Les Feuilles mortes de Thomas H. Cook ou les enquêtes de Smokey Dalton en commençant avec La Route de tous les dangers de Kriss Nelscott.
En France, le polar social est presque un passage obligé, il est extrêmement représentatif du roman policier hexagonal. Les plus connus sont Patrick Manchette (1942-1995), très politisé, critique de livre et de cinéma, Didier Daeninckx (1949) ou Jean-Bernard Pouy (1946), créateur de la collection La Suite noire en 2006 et fondateur du Poulpe. Cependant, attardez-vous aussi sur des écrivains comme Pascal Dessaint (1964), Jean-Claude Izzo (1945-2000) ou Catherine Fradier (1958). On peut aussi s'amuser à découvrir le monde, d'autres us et coutumes avec le roman social. Partez à la découverte des maories avec Caryl Férey, de la Chine avec Qiu Xiaolong, du Laos avec Colin Cotterill ou de l'Afrique avec Alexander MacCall Smith.
Le thriller ou roman à angoisse : Le thriller n'est pas forcément une enquête mais plutôt une machination qui utilise le suspens pour jouer sur les nerfs et les peurs du lecteur. On sombre dans un univers dur, très noir voir glauque. Un grand maître du thriller américain est sans conteste Michael Connelly (1956) et son inspecteur Harry Bosch. D'autres, moins connus, vous feront frissonner et passer des nuits blanches très angoissantes : Steve Mosby (1976), nouveau venu dans le monde du polar américain, Boston Teran (?), Chris Mooney (1977) ou Peter James (1948). Découvrez également l'auteure écossaise Val McDermid (1955) avec par exemple Au Lieu d'exécution. En France, quelques auteurs se sont essayé à ce genre avec succès : Maxime Chattam et sa trilogie du mal, Frank Thilliez...
Le Roman policier nordique : Vu l'ampleur du phénomène depuis quelques années, on pouvait difficilement ne pas dédier un chapitre à part au polar nordique. Le modèle social et économique scandinave est souvent cité en exemple par nos politiciens, et sert de référence à bon nombre de pays européens. Pourtant, les auteurs norvégiens, suédois, danois...nous révèlent une face cachée de ces paradis. La vie n'y est pas forcément plus facile ou moins rude. Toutes les sociétés ont leurs secrets et leurs failles. Les héros de ces romans policiers sont souvent récurrents, ils traînent leur vague à l'âme, leur solitude et leurs peurs de roman en roman. Leurs histoires familiales prennent une place importante dans les intrigues.
Parmi les plus connus, on peut bien sûr citer Henning Mankell (1948) qui a ouvert la porte pour la Suède avec son anti-héros Kurt Wallander ou Stieg Larsson (1954-2004) évidemment et sa trilogie Millenium. Mais ces pays ont un véritable vivier pour qui prend la peine de chercher ! Jo Nesbo (1960) en Norvège et son commissaire Harry, clin d'oeil à Harry Bosch et à l'inspecteur Harry interprété au cinéma par Clint Eastwood, Arnaldur Indridason (1961) en Islande qui a baptisé son personnage principal Erlendur, "étranger" en islandais, les romans suédois pleins de psychologie de Karin Alvtegen (1965) ou Ake Edwardson (1953).
Les inclassables : D'autres très grands auteurs de romans policiers font partie de nos coups de coeur mais de par leur singularité et leur originalité, ils sont difficilement étiquetables. Je finirai donc par en citer quelques uns : - Fred Vargas (1957) - Tanguy Viel (1973) - Christopher Moore (1957) - Douglas Kennedy (1955) |